L’idée de liberté dans les écoles, celles du primaire et celles du supérieur, la seule idée de liberté suscite des réactions très souvent mitigées. Ce n’est pas l’enthousiasme qui soulève les cœurs.

Dans mon esprit liberté et responsabilité sont liées. L’une ne va pas sans l’autre. La première impose la seconde. Je suis responsable parce que je suis libre. Dans les écoles, la responsabilité s’apprend sous liberté conditionnelle. Les étudiants ne sont ni vraiment libres ni vraiment responsables. Les trois deviennent conditionnés. De là, me semble-t-il, ce catéchisme gnangnan sur la citoyenneté, fait de valeurs gravées dans les esprits et limitées dans les pratiques. J’ai parfois l’impression que nous les éduquons à la mitoyenneté. Côté à côté : la loi pour tous et chacun pour soi.

– Les étudiants ne sont pas prêts ! – Les étudiants ne sont pas mûrs !

Personne n’est jamais assez ce qu’il est. De fait, personne ne songe dans les écoles à mettre en pratique le b.a.ba de la devise républicaine. Chacun est convaincu que les connaissances déversées, ce catéchisme des illusions éducatives, suffit à faire d’un étudiant docilement assis un citoyen, un démocrate, une personne responsable et accomplie dans sa pratique quotidienne. Les grands principes suffisent ; le compte y est ! L’école est convaincue que le savoir disciplinaire (le mot m’a toujours fait rêver) pourvoit à tout. De là à penser que le diplôme fait l’homme, il n’y a qu’un pas chancelant à franchir. On obtient très souvent, et au mieux, un citoyen à devise tatouée sur le front. Mais derrière l’os du crâne, les passions complexes, paradoxales et fébriles s’activent en s’ajustant difficilement aux intérêts collectifs (Strauss-Kahn, Fillon, votre voisin, soi-même, la liste est longue…).

En ruminant un peu et en pestant beaucoup, plein de patience et d’optimisme, je me disais il y a peu que nous ne serions véritablement libres – élèves, étudiants, parents et enseignants – qu’au jour lointain où nous aurions enfin risqué de vivre dans les écoles la singulière devise de la république : l’égalité réelle et la fraternité qui va avec.

(Oui, mais pas trop.)

 

 

 

Oui, mais pas trop !