Cape Cod Morning, 1950
Edward Hopper, Smithsonian American Art Museum, Washington

Separate Ways, Charles Reznikoff (1936)

Take no stock in the friendly words of friends,
for in such kindness all their kindness ends;
we go our separate ways to death.

The love of father or of mother knows
the fear of sickness, the need of food and clothes,
but otherwise–we go our separate ways to death.

Kiss after kiss of the head beside you on the cushion,
but faithful only in its fashion–
we go our separate ways to death.

If you would see the phoenix burn
and in the traffic hunt a unicorn,
well, ride the subway till your death
and hold your job till you are out of breath.
We heard your jokes, your stories, and your songs,
know all of your rights and all your wrongs,
but we are busy with our own affairs.

Sorry? O yes! But after all who cares?
You think that you have something still to say?
Perhaps. But you are growing old, are growing grey.
And we are too.
We’ll spare another friendly word for you;
and go our separate ways to death.

Poems, 1918-1936,, in The Complete Poems of Charles Reznikoff, vol. I, Black Sparrow Press, Santa Barbara, 1976, p. 171

À chacun son chemin, Charles Reznikoff (1936)

Ne prête pas attention aux paroles d’amis,
Car dans leurs gentillesses toute gentillesse finit.
À chacun son chemin vers la mort.

L’amour d’un père ou d’une mère n’ignore pas
la peur, la maladie, le besoin d’un vêtement et celui d’un repas,
mais pour le reste, à chacun son chemin vers la mort.

D’un baiser à un autre sur le front près du tien,
fidèle à sa manière, que l’oreiller retient –
à chacun son chemin vers la mort.

Si tu vois le phœnix en flammes
et une licorne au milieu des voitures,
bon, ben, prends le métro jusqu’à ta mort
et conserve ton boulot à en perdre la vie.
Tes blagues, on les connaît, tes anecdotes, tes chansons,
tes bons côtés et aussi tes moins bons,
mais chacun vaque à ses occupations.
Désolé ?  Oui, bien sûr. Mais finalement tout le monde s’en fiche.
Tu crois avoir encore des choses à dire ?
C’est possible. Mais tu grisonnes, tu vieillis.
Et nous aussi.
Nous aurons pour toi un mot amical encore,
et ensuite, à chacun son chemin vers la mort.

Traduction de JCL. Une traduction du recueil Separate Ways, et du poème éponyme, a été publiée en 2016 aux éditions Héros-limite.

Separate Ways