Je passais ce matin devant les murs vitrés de la BU de l’Université où j’accompagne les étudiant.es en ne faisant plus cours. Ils étaient parcourus par un ensemble d’affiches contre le harcèlement et la violence sexiste. Hommes et femmes semblaient en être les doubles cibles. L’égalité hommes/femmes trouvait sa place sur ces affiches, au risque d’un arrangement, précaire me semble-t-il, avec ce qui nous reste de réalité.

Je suis passé sans rien penser. J’ai noté la source des affiches. Et, soudainement, une évidence ! – dans la grisaille du jour… Nous subissions et réparions tant bien que mal des décennies d’apprentissage de la docilité et du contrôle des vessies !

– Puis-je aller aux toilettes ?

Quel.le enseignant.e n’a jamais entendu, comme une autre évidence, cette demande dans ses cours (je ne fais plus cours) ? Quel.le enseignant.e n’a jamais répondu, dans l’évidence de sa pratique, par l’affirmative (« Tu peux y aller ») ? La négative n’est pas moins impensable (« Tu n’avais qu’à prévoir ») ! Les deux signalent le même problème et, pour le dire clairement, le même refus de l’autre et de sa liberté la plus inaliénable : user du droit d’aller pisser.

Après des décennies d’infantilisation des corps, nous commençons à entrevoir – sans parvenir encore à la comprendre vraiment – la vérité boomerang qui nous revient à la figure. De part et d’autre de la violence sexiste, le harcèlement pourrait bien être la conséquence de notre enseignement à la docilité. Obéis à tes maîtres (même quand l’envie te prend au ventre) !

Après nous avoir appris à faire des autres les juges de nos envies, le contrôle des vessies aurait conduit au harcèlement des sexes et des esprits ?

La question est posée. L’avenir me semble plus fluide.

 

 

Le contrôle des vessies

2 avis sur « Le contrôle des vessies »

  • 28 mars 2018 à 13:19
    Permalien

    Les vessiessitudes de l’existence…
    Effectivement, la docilité, l’apprentissage de l’obéissance (au détriment de la compréhension) semblent être à l’origine de beaucoup de maux.
    Voici un lien vers une interview d’Idriss Aberkane qui nous aide à nous affranchir, grâces aux neurosciences, de quelques « évidences » toutes faites.

    https://youtu.be/VBN_xWHBwyA

    • 28 mars 2018 à 20:25
      Permalien

      Ce sont, en tout cas dans tes mots, Marion, des vessiessitudes à pisser de rire ! J’en pleure encore. Un étudiant m’avait parlé, il y a deux ans, du livre d’Aberkane Libérez votre cerveau, qui vient de paraître en poche et que je n’ai toujours pas lu… C’est sans doute le moment de faire autrement.

Commentaires fermés.